Mot de mon ami apres 253 jours de Lock Out.
Il y avait 253 jours, le 3 octobre, que nous, les 253 travailleuses et travailleurs du Journal de Montréal avons été mis en lock-out par Quebecor. Depuis le 24 janvier, nous avons intensément vécu chacune de ces sombres journées en nous demandant quand ce cauchemar allait prendre fin.
On a beau avoir vu venir ce lock-out de longue date, notamment avec les 16 mois de conflit qu’ont vécus nos collègues du Journal de Québec, force est d’admettre qu’il est impossible de se préparer à ce genre d’épreuve. Depuis la fondation du Journal, en 1964, nous n’avions jamais pensé nous retrouver dans une telle situation.
Depuis 253 jours, nous ressentons le mépris des dirigeants d’un empire qui a été érigé grâce à notre travail et à l’attachement que nous avions toujours porté au Journal de Montréal. Ce quotidien, il a toujours fait partie de nos vies. Nous y avons investi du temps, mais plus encore, notre coeur. Jour après jour, pendant que nous arpentons le trottoir, pancarte à la main, ou que nous produisons RueFrontenac.com, nous ne pouvons nous empêcher de jeter un oeil, la rage au coeur, sur cet édifice de l’autre côté de la rue. Pendant ce temps, les presses continuent de rouler comme si de rien n’était.
Pas que du noir
Au cours de ces 253 journées, nous avons vu des collègues et amis s’enfoncer un peu plus dans des problèmes de tout ordre. Vie familiale brisée, difficultés financières forçant plusieurs à vendre leur maison, détresse psychologique et quoi encore? Ce n’est pas encore assez pour nos dirigeants, inflexibles, qui souhaitent nous dominer davantage pour arriver à leurs fins.
Mais il n’y a pas que du noir. Le conflit que nous subissons nous a rapprochés davantage. Nous avons même eu le bonheur de voir des couples se former sur la ligne de piquetage. Après neuf mois de lock-out, certaines travailleuses ont vu leur famille s’agrandir. Hier, nous étions des individus regroupés par secteur à l’intérieur de deux groupes d’employés: la rédaction et le personnel de bureau.
Aujourd’hui, nous sommes une grande famille solidaire. Nous nous soutenons devant les embûches et toutes les difficultés qui se dressent devant nous. Notre nouvelle force, nous la puisons dans cette solidarité qui nous étreint. Chaque jour de ce conflit en est encore un de trop.
Raynald Leblanc,
Président du Syndicat des travailleurs de l’information du Journal de Montréal (CSN)
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